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Mon blog illustrant les divers domaines de la numismatique qui me passionnent le plus.

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Le monnayage des Nabatéens


Le monnayage des Nabatéens

Origine des Nabatéens

La région de Petra est occupée depuis le VI° millénaire avant J.C par des éleveurs cultivateurs du néolithique qui profitent de sa situation favorable (extrémité sud du croissant fertile) et de conditions climatiques plus propices qu’aujourd’hui. Puis, au VIII° siècle avant J.C, les nomades Edomites s’installent sur le site de el-Beida.
Ils sont éclipsés par les Nabatéens, un autre peuple de nomades, originaires de la Péninsule Arabique, qui apparaît vers le VI° siècle avant J.C et s’installe en terre Edomite (sud et centre de la Jordanie actuelle) au V° siècle avant J.C, d’abord à Gaïa (actuel village de Wadi Moussa), puis à Petra. Ils se sédentarisent peu à peu et vont assurer leur prospérité en maîtrisant les routes commerciales, entre Orient et Occident, et en développant le commerce de la myrrhe, de l’encens et des épices, denrées précieuses à cette époque.
Mais dés le IV° siècle avant J.C, les richesses nabatéennes attisent la convoitise des Macédoniens. Or le site de Petra offre de multiples avantages. En plus de sa position, au carrefour des routes commerciales entre Arabie, Egypte et Méditerranée, Petra, invisible parmi les massifs montagneux, bénéficie d’une situation naturelle facile à défendre, aussi lorsque les successeurs d’Alexandre le Grand attaquent la capitale, les Nabatéens sauront résister.

Au IIIe siècle avant J.C, les Nabatéens s’organisent en royauté et Petra devient leur capitale, puis au II° siècle avant J.C, Petra sera une ville importante de 20000 habitants et non une simple nécropole, comme on l’a cru pendant longtemps (à cause des nombreux tombeaux et sanctuaires).
Au Ier siècle avant J.C, les romains s’intéressent au Proche-Orient, colonisent la région et créent la Province Romaine de Syrie (64 avant J.C). Pompée, gouverneur de cette nouvelle Province de Syrie lance une offensive contre la Nabatène et attaque Petra, en vain. Cette résistance Nabatéenne va préserver l’indépendance du royaume qui s’étend du nord de l’Arabie à la Jordanie actuelle (on trouve en effet la trace des Nabatéens dans toute la Jordanie) et Petra devient véritablement la capitale du royaume. Grâce a son commerce florissant le royaume Nabatéen atteint son apogée au début de notre ère et continue de construire et tailler les nombreux tombeaux de Petra, témoins les plus impressionnants de leur exceptionnelle civilisation..Mais la puissance Romaine se renforce. Ne pouvant vaincre militairement, les romains frappent l’économie de Petra en déplaçant les routes caravanières, et en 106 de notre ère, sous l’empereur Trajan, la Nabatène est annexée par Rome qui crée la Province d’Arabie.
Devenue romaine, Petra connaît néanmoins un nouvel élan; commercial d’abord, grâce à la nouvelle Via Nova Traiana entre Bosra, la nouvelle capitale et Aqaba.
Au IVe siècle, avec l’essor du christianisme, Petra devient évêché, mais cette domination Byzantine prolonge la période romaine sans rupture véritable.

La langue
L’araméen est la langue utilisée comme de nombreuses autres peuplades d’Asie mineure et tributs voisines. Cette langue sera transcrite en Palestine par l’alphabet hébreu dit « carré » et à Pétra donnera avec un mélange de phénicien cursif à cet alphabet typique nabatéen, et qui semble à beaucoup de spécialistes, l’ancêtre de l’alphabet arabe actuel.


L’écriture
L'alphabet Nabatéen a été créé au cours du Ier siècle avant JC et fut utilisée jusqu'au VIe siècle. Les plus anciennes inscriptions connues ont été trouvées dans la ville de Pétra, capitale du royaume Nabatéen (150 avant JC à 100 après JC) à Damas et à Médine. Puis durant le IVe et le Ve siècle, cet alphabet dériva vers l'alphabet arabe.
Cet alphabet, qui ne comportait pas de voyelles, s'écrivait de droite à gauche et horizontalement.
Cette écriture fut déchiffrée par E. Beer en 1840 grâce aux nombreuses inscriptions trouvées à Hégra.


Chronologie des rois nabatéens
Début à fin de règne    Nom du souverain
170 à 168 av. J.-C.        Arétas Ier
??? Inconnu,                  Rabbel Ier ?
Vers 120 à 96 av. J.-C. Arétas II
96 à 85 av. J.-C.            Obodas Ier, fils d'Arétas II
84 à 62 av. J.-C.            Arétas III « Philhellène » Fils d'Obodas Ier
62 à 60 av. J.-C.            Obodas II fils d'Atétas III
60 à 30 av. J.-C.            Malichos Ier
30 à 9 av. J.-C.              Obodas III
9 à 8 av. J.-C.                Syllaeos l'intrigant qui c'est autoproclamé !
9 av.J.-C à 40 ap.J.-C. Arétas IV neveu d'Obodas III - époux de la reine Huldu puis de la reine Shaqilat
40 à 70                           Malichos II, fils d'Arétas IV et époux de la reine Shaqilat II
70 à 106                         Rabbel II, fils de Malichos II et époux de la reine Gamilat puis d'Hagru.

Cette chronologie est retenue par la plupart des historiens et chercheurs, mais n’est pas encore définitive, la détermination des dates de début et fin de règne c’est établie grâce à des recoupements avec des faits connus et aux récits des historiens anciens Hérodote, Diodore de Sicile, Strabon et Flavius Josephe.

Les monnaies des Nabatéens
A l’origine
Les grandes puissances voisines, les Lagides (Égypte, Phénicie, Chypre) et Séleucides (Syrie et Perse) écrasent de leur influences tous les petits états et l’émission d’un monnayage propre aurait été interprété comme un souhait d’autonomie politique et perçu comme un désir d’indépendance. Circulent donc des tétradrachme, didrachmes, drachmes  et divisionnaires des Ptolémées et des Séleucos, Antiochos et Démétrios.
Mais suite au déclin progressif de ces deux royaumes, et avant que Rome ne s’organise de façon notoire au proche orient, les cités, les tributs, les petits états commencent à se percevoir comme des entités politiques souveraines et dans un même élan émettent diverses monnaies, tout d’abord des imitations qui prendront petit à petit des particularités spécifiques à chacun d’entre eux.

Tétradrachme de Ptolémée VII

Tétradrachme d’Antiochos IV

ARETAS  Ier
Vers 169 avant J.-C. un régime monarchique apparaît à Pétra
Rien n'est vraiment connu des Nabatéens avant Alexandre le Grand. Le pays sous domination perse, est quasiment vide, parcouru seulement par quelques groupes nomades ; ses anciens habitants, les Édomites, peuple sédentaire qui occupait la région de Pétra aux VIIe, VIe et Ve siècles av. J.-C. émigrent vers un territoire situé au sud de la Judée auxquels ils donne leur nom, l'Idumée. Les Nabatéens sont là, du côté de Pétra, mais totalement nomades, et nous ne savons rien d'eux.
Vers 312 av. J.-C., ils sont toujours nomades, mais déjà fort riches. Diodore de Sicile explique qu'à cette date Antigone le Borgne, un des successeurs d'Alexandre, et ses lieutenants, tentent trois opérations militaires pour s'emparer, à Pétra, des richesses des Nabatéens. Il explique cette richesse : si les Nabatéens sont de purs nomades, ils excellent dans les techniques qui permettent de trouver, stocker et cacher l'eau dans le désert ; ils pratiquent le brigandage avec brio ; ils collectent l'asphalte à la surface de la mer Morte pour le revendre ; et surtout ils maîtrisent, grâce à leurs caravanes, le commerce des « aromates ». Leurs trésors, ils les stockent sur une « roche » – Pétra. Les trois expéditions d'Antigone sont des échecs retentissants : la « Roche » des Nabatéens, apparaît imprenable. Cet échec va dissuader les rois hellénistiques de continuer à attaquer les Nabatéens : ceux-ci, indépendants, peuvent peu à peu construire un État, qui va prospérer pendant les siècles suivants aux confins du royaume Lagide d'Égypte, du royaume séleucide de Syrie et du désert.
Aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., cet État se bâtit et sort peu à peu de l'ombre. Pétra se construit peu à peu et les Nabatéens poussent leurs incursions de plus en plus loin vers le nord, jusque dans la région de Bosra en Syrie. Ils ne tardent pas à se heurter à l'expansion des juifs de Judée conduite par les hasmonéens. Au IIe siècle un régime monarchique nabatéen apparaît constitué à Pétra.
Vers 163 avant J.-C., les nabatéens se heurtent avec le roi de Judée Judas Maccabée, puis traitent avec lui. Des gravures nous renseignent sur une ambassade de Meschion de Priène auprès du roi d’Arabie ARETA à Pétra.

A ce jour aucune monnaie de ce premier roi n’est connue

ARETAS (Harthah ou Haritha ou Harétat) dont le nom est la forme grecque d'un nom d'origine nabatéenne serait donc le premier roi des Nabatéens. Son nom figure sur la plus ancienne inscription nabatéenne retrouvée datant de 168 Av. J.-C, qui a été mise au jour à Halutza. Il est également mentionné dans les Apocryphes (Livre 2 des Maccabées 5 : 8). Ce livre présente la façon dont Jason, le Grand Prêtre qui a fondé un quartier grec dans Jérusalem, a été retenu prisonnier par Arétas Ier après avoir été forcé de quitter la ville.
D'autres sources mentionnent Arétas Ier allié aux Hasmonéens, Mattathias Maccabée et ses fils, il y est appelé "Le tyran des Arabes". Lorsque les Maccabées se révoltent contre l'emprise Séleucide et parviennent à se rendre indépendants, ensemble ils font face au Roi Antiochos IV Épiphane (175-164). Toutefois la progression des Nabatéens à l'Est du Jourdain va finir par les mettre en conflit avec les Juifs.

ARETAS II
Vers 110 / 96 avant J.-C.
Chef de tribut, il bénéficie d’une certaine ascendance suite à ses nombreuses victoires, d’un tempérament assez fort et ambitieux, son règne est marqué par de nombreux accrochages avec les Israélites. Flavius Joseph dans ses Antiquités Judaïques mentionne que suite à des différents, Alexandre Jannée, roi de Judée s’empare du port nabatéen de Gaza en représailles. Il est également connu que la cavalerie nabatéenne, très réputée, pousse de nombreuses incursions en Syrie et pille à loisir la contrée.
Les premières monnaies !
Ya’akov Meshorer, un des spécialistes du monnayage nabatéen définis les premières véritables monnaies nabatéennes sous le règne d’Aretas II, des petits bronzes de 14 à 16 mm de diamètre.


Bronze Ø 14 ou 16mm - de 2,3 à 3,2g
D/ Tête casquée tournée à droite, anépigraphe.
R/ Niké de face regardant à sa droite, tenant à main droite une couronne. Dans le champs à gauche lettre ? (qui symbolise peut-être Arétas ?). Toutes ces monnaies sont assez frustres de fabrication.

OBODAS  Ier
Vers 96 à 87 avant J.-C.
Le fils d’Aretas II, OBODAS Ier récupère les territoires perdus par son père en battant le roi hasmonéen Alexandre Jannée à la bataille de Garada en -93. Bon stratège il repousse également en -87 une attaque du séleucide Antiochus XII, qui règne à Damas, et qui y laissera la vie lors d’un combat surprise dans le Negev. Le roi Obodas meurt cette même année, est divinisé et son tombeau funéraire érigé dans une cité du Negev qui lui sera dédié sous le nom d’Oboda (aujourd’hui Avdat)
Ses monnaies
Des petits bronzes de 14 à 16 mm de diamètre, identiques à ceux de son père Aretas II, mais de facture encore plus médiocre continuent à être frappé. De grandes difficultés pour distinguer les attributions !


Bronze Ø 14 ou 16mm - de 2,3 à 3,2g
D/ Tête casquée tournée à droite, anépigraphe.
R/ Niké de face regardant à sa droite, tenant à main droite une couronne.

ARETAS  III
Vers -87 à -62 avant J.-C.
Le fils d’Obodas Ier, ARETAS III  «philhellène» succède à son père et suite à la disparition d’Antiochus XII le royaume séleucide se délite. Les successeurs potentiels se déchirent. Les habitants de Damas pour éviter les rivalités des factions opposées se tourne vers Arétas III qui est accueilli dans la ville en -84.
Ses monnaies
Il y fait frappé des monnaies de bronze calquées sur le type séleucide. Au droit son effigie, au revers la Tyché de Damas ou une Niké. Les légendes sont rédigées en grec. Il existe cependant un exemplaire en argent, l’unique connu, cité au Catalogue des Monnaies Grecques du British Museum.

Bronze Ø 19 ou 20mm - de 5,26 à 8,31g
D/ Tête diadémée d’arétas à droite, anépigraphe.
R/ Tyché de Damas assise sur un rocher, tient une corne d’abondance à main gauche
et tend la main droite.



Bronze Ø 20 ou 21mm - de 7,85  à 10,10g
D/ Tête diadémée d’arétas à droite, anépigraphe.
R/ Nyké ailée à tête tourellée, tient une palme à main gauche et une couronne à main droite.
AP à gauche.



Vers -72 avant J.-C.
ARETAS III  est chassé de Damas par Tigrane d’Arménie. Retour en terre nabatéenne. Il fonde la ville de Bostra, et de nouveau se confronte aux hasmonéens, prenant partie tantôt pour l’un ou l’autre des fils d’Alexandre Jannée qui se disputent le pouvoir. Un furieux désir d’expansion le taraude. Poursuivant Hyrcan il se prépare à investir Jérusalem et lance ses troupes jusqu’à Biblos en Phénicie quand Pompée agacé par ce remuant état nabatéen décide de remettre de l’ordre dans la région. Occupé lui même à combattre Tigrane, il envoie Scaurus à la tête d’une légion aidé de mercenaires enrôlés sur place. Le projet est de marquer les esprits en investissant Pétra, mais comme les précédentes  tentatives,  c’est  l’échec.  Arétas  sentant  le  vent tourner, négocie cependant sur une rançon de 300 talents d’argent et la promesse de cesser ses tentatives guerrières d’expansion. A son retour à Rome, Scaurus est nommé édile curule et profite de son privilège de monétaire pour immortaliser sa pseudo-victoire sur Arétas en le représentant sur un denier, tenant son chameau par la bride et agenouillé en signe de soumission.






Denier d’Argent - Ø 19 – 4g environ
D/ Le roi Aretas agenouillé à droite, tenant de la main droite une palme et de la gauche la bride de son chameau
M .SCAVR / AED CVR / EX –SC / REX ARETAS
Marcus Scaurus / Ædilis Curulis / ex Senato Consulto / Rex Aretas (Marcus Scaurus / édile curule / avec l’accord du Sénat / roi Aretas)




OBODAS  II
Vers -62 à -60 avant J.-C.
Le fils d’Arétas III, OBODAS II succède à son père. Son règne n’est attesté que par ses monnaies, très très rares, par une inscription dans la pierre de Pétra mentionnant Obodas comme roi et fils d’Arétas (et nous verrons que le souverain suivant a débuté son règne en –60). 
Ses monnaies
Uniquement d’argent, ses monnaies sont à rapprocher par leur masse et leur type au monnayage phénicien de Tyr et des didrachme et drachmes ptolémaïques. Deux types seulement sont répertoriés demi-shekel et quart de shekel.


Demi Shekel d’argent - Ø 19 ou 20 - de 6,25 à 6,80g
D/ Tête diadèmée d’Obodas II à droite, anépigraphe.
R/ Aigle (type ptolémaïque) debout à gauche, autour «le roi Obodas, roi des Nabatéens», de part et d’autre la date (an – 1, 2 ou 3)


MALICHOS  Ier
De -60 à -30 avant J.-C.
Le fils d’Obodas II, MALICHOS 1er succède à son père. Le début de son règne est marqué par son rapprochement avec les Romains qui assure une certaine prospérité du royaume, mais il commet une erreur grave en soutenant les Parthes en -40 et après la défaite de ceux-ci, l’indépendance du royaume est soumise à règlement d’un tribut. Les relations houleuses avec le voisin Hérode s’intensifient et l’armée nabatéenne est défaite malgré le renfort de mercenaires grecs.
Ses monnaies
Des demi-shekel d’argent et des bronzes en trois groupes, l’unité pesant parfois plus de 10g, la ½ unité d’environ 5g, et le ¼ d’unité d’environ 2,30 g. Ces monnaies sont toutefois très rares et les dates y figurant (année 27 et année 28) laissent à penser que ces monnaies servirent à la solde des soldats et des mercenaires pour les belligérances d’avec leurs voisins juifs pour les années -34 et -33 avant J.-C. où Malichos est vaincu.

Demi Shekel d’argent - Ø 20 ou 21 - de 6,40 à 6,70g
D/ Tête diadèmée avec cheveux longs de Malichos 1er à droite, anépigraphe.
R/ Aigle (type ptolémaïque) debout à gauche, autour «le roi Malichos, roi des Nabatéens», de part et d’autre la date, et pour la première fois un o symbole sans doute de l’atelier de Pétra, légende autour.






Grand Bronze
Ø 22 à 24 - de 9,50 à 12,50g
D/ Tête diadèmée avec cheveux longs de Malichos 1er à droite, anépigraphe.
R/ Corne d’abondance enrubannée, légende «le roi Malichos, roi des Nabatéens» autour, à gauche « année », à droite  « 27 » ou « 28 » en chiffre






Moyen Bronze
Ø 18 à 20 - de 5,30 à 5,70g
D/ Tête diadèmée avec cheveux longs de Malichos 1er à droite, anépigraphe.
R/ Aigle (type ptolémaïque) debout à gauche, autour «le roi Malichos, roi des Nabatéens», à droite « 20 », à gauche  « 7 » (5 et 2) en chiffre




Petit Bronze - Ø 15 à 17mm - de 2,20 à 2,60g
D/ Tête diadèmée avec cheveux longs de Malichos 1er à droite, anépigraphe.
R/ Main droite levée de face, autour «le roi Malichos, roi des Nabatéens», à droite et à gauche de la main  date en chiffre

OBODAS  III
De -30 à -9 avant J.-C.
Le fils de Malichos 1er, OBODAS III succède à son père. Son règne est caractérisé par son indolence et son inconsistance notoire. Cette période est mieux connue grâce aux descriptions de Flavius Josephe relatant les conflits opposant les nabatéens aux juifs d’Hérode. Ce règne délétère favorise les ambitions du « premier ministre » l’intelligent, rusé et tortueux Syllaeos « frère du roi » suivant la titulature nabatéenne. On y reviendra. En -9 Obodas III meurt, vraisemblablement empoisonné par son « fidèle serviteur ».
Ses monnaies
Pour le monnayage d’argent, deux périodes se distinguent : de -30 à -24 av. J.-C. l’alignement sur le ½ shekel de 6,60g est toujours de mise, puis par la suite l’abaissement du poids à 4,4g avec l’affaiblissement du titre de l’argent sont à constater. Les changements portent également sur la graphie, apparaissent les bustes jumelés du roi et de la reine, puis l’aigle traditionnel disparaît.

1ère période : Demi Shekel d’argent - Ø 19 - 6,56g
D/ Têtes jumelées du roi et de la reine à droite, le roi portant diadème avec cheveux longs bouclés.
R/ Aigle (type ptolémaïque) debout à gauche, autour «le roi Obodas, roi des Nabatéens», de part et d’autre la date (2 ou 3  ou 5 ou 6), ici année 3.

2e période : Demi Shekel d’argent - Ø 17 - 4,39g
D/ Têtes jumelées du roi et de la reine à droite, le roi portant diadème avec cheveux longs.
R/ Tête diadèmée d’Obodas III avec cheveux longs à droite, autour «Obodas roi des Nabatéens», la date dans la légende (année 8 ou 10 ou 17 ou 18 ou 20) ici : 18.

SYLLAEOS
De -9 à environ -8 avant J.-C.
A la mort d’Obodas III, Sylleaos, l’homme fort du royaume, tente par diverses ruses à prendre le pouvoir. Manœuvre de dénigrement du successeur officiel Aenéas, fils d’Obodas et qui deviendra Arétas IV, rumeurs sordides distillées auprès de Rome qui amène dans un premier temps l’empereur Auguste a lui reconnaître l’investiture, mais bien vite celui-ci s’aperçoit du caractère perfide et retors du personnage. Sans autre forme de procès et lors d’une invitation à Rome pour les ambassades protocolaires, le perfide Syllaeos est étranglé. Au contrôle des grands rouages de l’état nabatéen il a cependant le temps de faire frappé monnaie, qui ne sont pas à son effigie, mais à celle d’Obodas III. Son ambition est telle qu’il avait le projet d’épouser Salomé, la jeune sœur d’Hérode (alors bien vieux) et ainsi envisager la double couronne, celle de Salomon et celle des bédouins de Pétra ! Auguste règlera le problème de façon radicale et finira par accorder à Aretas IV sa reconnaissance.
Ses monnaies
Trois types de petits bronzes, avec variantes du revers, la couronne, l’aigle ou les deux cornes d’abondance.

Petit bronze - Ø 13 à 15 mm – 1,75 à 2,40g
D/ Tête du roi Obodas III à droite avec cheveux longs bouclés. Lettre¦ derrière la tête,

R/ Deux lettres dans une couronne :
lettres nabatéennes à droite et à gauche

Petit bronze - Ø 15 mm - 2,25g

D/ Tête du roi Obodas III à droite avec cheveux longs bouclés. Lettre¦ derrière la tête,

R/ Aigle (type ptolémaïque) debout à gauche, : lettres nabatéennes à droite et à gauche

Petit bronze - Ø 15 mm - 2,25g
D/ Tête du roi Obodas III à droite avec cheveux longs bouclés. Lettre¦ derrière la tête,

R/ Aigle (type ptolémaïque) debout à gauche, :
lettres nabatéennes à droite et à gauche

ARETAS  IV
De -9 avant J.-C. à 40 après
Le règne d’ARETAS IV quoique tourmenté à son début, représente toutefois l’apogée du royaume de Nabatène, tant sur le plan social, culturel et politique. Sa longévité (près d’un demi siècle !) sa concomitance avec l’apparition du galiléen « fils de Dieu » et le grand nombre de monnaies émises en font une période mieux connue. Il eu deux épouses, la première Huldu, sans doute sa sœur, dont le nom pour la première fois apparaît sur certaines monnaies, la seconde après la mort de Huldu fut Shuqailath. Une de ses filles est donné en mariage à Hérode Antipas, mais celui ci la répudie pour épouser Hérodiade sa belle-sœur et nièce. Cet affront relance les hostilités entre la Judée et les Nabatéens. Tibère appelé à l’aide par Antipas envoie en renfort le Gouverneur de Syrie, mais la mort de l’empereur en 37 fait abandonner l’action militaire romaine et des conflits internes affaiblissent Antipas.
Ses monnaies
L’argent et le bronze sont utilisé. Les premières frappes de monnaies d’argent dites de l’an « un » du règne sont très très rares (moins de dix exemplaires répertoriés à ce jour !) Par contre le reste du monnayage est de loin le plus varié et le plus représenté aujourd’hui sur la scène numismatique.





Demi Shekel d’argent - Ø 17 - 4,71g
D/ Têtes jumelées de la reine Huldu, voilée et du roi Atétas IV à droite.
R/ Buste du roi Arétas IV diadèmé à droite, autour « Arétas, roi des Nabatéens, année 1 », monogramme ? derrière



Demi Shekel d’argent - Ø 18 - 4,54g
D/ Tête laurée du roi Atétas IV à droite, autour «Aretas, roi des Nabatéens, qui aime son peuple».
R/ Buste de la reine Huldu voilée à droite, autour «Huldu, reine des Nabatéens année 1»,
ou année 2, 3 ou 4


Demi Shekel d’argent - Ø 19 - 4,71g
D/ Tête laurée du roi Atétas IV à droite, autour «Aretas, roi des Nabatéens, qui aime son peuple».
R/ Buste de la reine Huldu voilée à droite, autour «Huldu, reine des Nabatéens, année 1»,
ou année 2, 3 ou 4


Moyen bronze - Ø 20 – 4,71g
D/ Tête diadèmée du roi Atétas IV à droite, monogramme ? à gauche et o à droite,
R/ La reine Huldu (ou la Tyché de Pétra ?) en robe longue et large ceinture, debout la main levée, légende autour «Arétas roi des Nabatéens, année 4», ou année 5 ou 6,
monogramme ? à droite et o à gauche


Variante de ce moyen bronze
L’an 10 et 11 du règne : deux années particulières
A cause vraisemblablement d’une pénurie d’argent, Arétas IV fait figurer sur des monnaies de bronze une indication de valeur (1, ½, ¼) et plus étonnant encore le mot « argent » pour bien indiquer que cette monnaie de bronze représente une monnaie d’argent ! Une monnaie de nécessité en quelque sorte !

Moyen bronze - Ø 19 – 5,63g
D/ Tête laurée du roi Atétas IV avec cheveux longs à droite, légende autour « Arétas, roi des nabatéens, qui aime son peuple »,
R/ Aigle (type ptolémaïque) debout à gauche, , légende autour «½ d’argent, année 11».

Même particularité ! Mais d’un ma’ah d’argent !

Grand bronze - Ø 23 - 9,35g
D/ Buste diadèmée du roi Atétas IV à droite, légende autour «Arétas, roi des nabatéens, qui aime son peuple / un ma’ah d’argent»,
R/ Buste voilé de la reine Huldu, légende autour «Huldu, reine des Nabatéens, année 10».

Tout redevient normal


Argent - Ø 17 - 4,34g
D/ Tête laurée du roi Atétas IV à droite, légende autour « Arétas, roi des nabatéens, qui aime son peuple », monogramme o dessous,
R/ Buste voilé de la reine Huldu, légende autour «Huldu, reine des Nabatéens, année 13» monogramme o.

L’an 27 du règne : 1ère apparition de la nouvelle reine Shuqailath
A la suite de la mort de la reine Huldu en 16, le roi reprend épouse et c’est la nouvelle reine Shuqailath, qui apparaît sur les diverses espèces d’argent et de bronze.

Argent - Ø 15 - 4,10g
D/ Tête laurée du roi Atétas IV à droite, légende autour «Arétas, roi des nabatéens, qui aime son peuple»,
R/ Buste voilé de la reine Shuqailath, légende autour «Shuqailath, reine des Nabatéens, année 27».

Toujours la nouvelle reine Shuqailath, qui apparaît maintenant en pied.

Bronze - Ø 15 - 3,20g
D/ Le roi en pied, vêtu de son armure tenant à sa droite une lance (?) et à gauche le fourreau de son épée, à gauche une palme et en haut à droite le monogramme royal  ?,
R/ La reine Shuqailath debout à gauche, revêtu d’un long chiton, la main droite levée dans le champs à gauche une couronne et à droite l’inscription en trois lignes «shuqa / ila / th».

Argent - Ø 15 - 4,50g
D/ Tête laurée du roi Atétas IV à droite, légende autour «Arétas, roi des nabatéens, qui aime son peuple»,
R/ Bustes jumelés du roi et de la reine, légende autour «Shuqailath, reine des Nabatéens, année» année de 27 à 32, 34 à 36, 40 à 42, 44, 46 à 48.

Le bronze moyen nabatéen qui se trouve le plus souvent sur la scène numismatique.

Bronze moyen - Ø 18 - 3,75g
D/ Têtes laurées du roi et de la reine, au dessus de leur têtes l’inscription « Paix »
dans le champ les initiales A et S des deux noms Arétas – Shuqailath,
R/ Deux cornes d’abondance croisées et en trois lignes «Arétas / shuqai / lath»

MALICHOS  II
De 39 à 70 après J.-C.
Le fils d’Arétas IV œuvre pour la sédentarisation de son peuple et est l’instigateurs de vastes travaux d’irrigation afin de transformer les étendues désertiques en zones cultivées. Lors de la grande révolte juive en –66/-70 av. J.-C. il participe au coté des romains, comme d’autres rois vassaux, à sa répression. Son épouse Shuqailath II est désignée comme sœur et épouse (tradition égyptienne).
Ses monnaies
Pas de grande nouveautés pour son monnayage en argent et en bronze, qui reprend les types déjà décrits pour ses prédécesseurs.
Demi Shekel d’argent - Ø 17 - 4,56g
D/ Tête laurée du roi avec cheveux longs tombant dans le cou, légende autour «le roi Malichos, roi des nabatéens, année 18» .
R/ Buste voilée de Shuqailath II, autour légende «Shuqailath sa sœur, reine des nabatéens»

Bronze moyen - Ø 17 - 2,89g
D/ Têtes laurées du roi et de la reine, dans le champ les initiales M et S des deux noms Malichos – Shuqailath,
R/ Deux cornes d’abondance croisées et en trois lignes «Malichos / Shuqai / lath»

RABBEL  II
70 à 106 après J.-C.
A la mort de Malichos II son fils « RABBEL II» n’est qu’un enfant. C’est sa mère Shuqailath II qui assure la régence durant six à sept ans. Puis avec son mariage avec Gamilath commence son règne personnel. Du fait de la grande perte d’influence de leur routes commerciales d’avec l’Asie (due aux Romains qui ont réussi à détourner de la Nabatène le trafic) il transfert à Bostra sa capitale, région plus fertile et l’économie du royaume est alors recentrée sur l’agriculture. Peu de chose sont malgré tout connues de son histoire. En l’an 103, après la disparition (mort ?) de Gamilath, il prend une deuxième épouse Hagru qui figurera à ses cotés sur ses dernières monnaies.
Rabbel II meurt le 21 mars 106 et selon certains spécialistes il aurait eu un successeur, Malichos III, le royaume de Nabata étant officiellement province Romaine à cette époque, ce Malichos III (s'il a vraiment existé) n'aurait eut que des pouvoirs de Gouverneur tout au plus.
Ses monnaies
Plus nombreuses que celles de son père, en argent et en bronze elles reprennent les types déjà connus. Les premières du règne mentionnent Rabbel II et sa mère Shuqailath II.

Demi Shekel d’argent - Ø 13 - 3,46g
D/ Buste lauré du roi à droite, avec cheveux longs bouclés, légende autour «Rabbel roi des Nabatéens, année ?». (année 1 à 6),
R/ Buste voilé de Shuqailath, légende autour «Shuqailath sa mère, reine des Nabatéens».


Toujours sous la régence de sa mère Shuqailath

Bronze moyen - Ø 15 - 2,4çg
D/ Bustes jumelés du roi et de sa mère à droite, lui avec avec cheveux longs bouclés,
R/ Deux cornes d’abondance croisées et en trois lignes « Rabbel / Shuqailath / sa mère »

Avec son épouse Gamilath

Demi Shekel d’argent - Ø 14 - 3,22çg
D/ Buste du roi à droite, avec cheveux longs bouclés, légende autour «Rabbel,
roi des Nabatéens, année 13»

R/ Buste voilé de Gamilath à droite légende autour «Gamilath, sa sœur reine des Nabatéens»


Avec son épouse Gamilath

Bronze moyen - Ø 15 - 3,15çg
D/ Buste jumelés du roi et de son épouse Gamilath à droite, lui avec avec cheveux longs bouclés,
R/ Deux cornes d’abondance croisées et en deux lignes «Rabbel / Gamilath»


Avec son épouse Hagru, bronze beaucoup plus rare !

Bronze moyen - Ø 14 - 2,82çg
D/ Buste jumelés du roi et de son épouse Hagru à droite, lui avec avec cheveux longs bouclés,
R/ Deux cornes d’abondance croisées et en deux lignes «Rabbel / Hagru»


LA PROVINCE ROMAINE

Conquête définitive
Sous le règne de Trajan, Cornelius Palma, gouverneur de la province de Syrie, annexe facilement la Nabatène en 106 de notre ère après avoir ruiné son commerce. La conquête romaine réduit Pétra au rang de simple métropole regroupée avec la Décapole pour constituer la province romaine d'Arabie ayant pour capitale Bosra.

TRAJAN (98  à 117 après  J.-C.)
Très peu de détails sur la fin du royaume. Il semble qu’en 105, le légat de Syrie, Cornelius Palma, est chargé par Trajan de signifier à Pétra qu’elle sera prochainement annexée. Ce fut fait l’année suivante et les Romains occupent la Nabatène après avoir réprimé quelques velléités de soulèvement. Ainsi disparut sans éclat, ce royaume de Nabatène qui avait inquiété ses voisins et provoqué le mécontentement, puis l’hostilité de Rome, devint pour deux siècles encore, avant de tomber dans l’oubli, la province romaine d’Arabie Pétrée. Pour célébrer cette disparition du dernier royaume indépendant du proche-Orient, Trajan émet à Rome diverses monnaies commémorant l’événement.

Sesterce de bronze - Ø 39mm - 29g
D/ Buste de Trajan à droite.
R/ L’Arabie Pétrée debout offrant un rameau d’olivier, à ses pieds un chameau nous rappelle que Pétra était surnommée « la ville des chameliers » à l’exergue Arabia Adquisita (l’Arabie acquise)

Cette présentation a été réalisée grâce aux ouvrages spécialisés
sur ce sujet
et en particulier :

 « Manuel de Numismatique Orientale » de Jacques de Morgan
    « Nabatean Coins » de Ya’akov Meshorer
        « Le Monnayage des Nabatéens » de Michel Moreau
            « Les Royaumes du Désert » de Jacques Druart
                « Ancient & Classical World » de Michael Mitchiner
                    « Numismatique des Arabes avant l’Islam » de Victor Langlois

les illustrations de monnaies sont de ma collection personnelle ou en provenance des sites suivants :
 http://www.vcoins.com/     http://www.acsearch.info/   http://www.zeno.ru/    http://www.coinarchives.com/

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M
Bonjour,<br /> Très intéressante, votre page sur le monnayage nabbatéen. A Petra, j'ai acheté trois petites pièces censées être authentiques. J'aimerais vous en soumettre les photos pour avoir votre avis. Est-ce possible ? .Marc Belin
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