Mon blog illustrant les divers domaines de la numismatique qui me passionnent le plus.
Et Babur, prince de génie, crée l'Empire moghol Il est nommé moghol,
c'est-à-dire mongol, parce qu'en Asie centrale tout chef de guerre de quelque envergure se réfère au souvenir de Gengis Khan. Il est pourtant turc, plus exactement turc timouride. Babur,
descendant de Tamerlan à la cinquième génération, a d'abord cherché à régner dans la capitale de son aïeul, Samarcande. En vain. Il se résigne, en 1504, à devenir roi de Kabul pour cependant,
dernier de sa famille, prendre trois ans plus tard le titre de padichah, empereur. Il y a là une double promesse : Babur devient un héritier légitime et – l'histoire l'a appris – Kabul, par sa
position, invite à descendre en Inde. D'ailleurs, il le dit : il y a déjà longtemps que les Turcs n'y sont pas allés et, puisque l'empire de Delhi, l'empire du Nord des Indes, est aux mains
d'Afghans, les Lodi, il est nécessaire et juste de les remplacer. Après quatre campagnes exploratoires, Babur, en novembre 1525, en commence la conquête. Rien n'est plus surprenant que de lire
dans ses Mémoires, un des chefs-d'oeuvre de la littérature turque, avec quelle simplicité il note cet événement.
doit faire face, dès la mort de son père, aux soulèvements de ses frères, des Afghans dépossédés et de tous ceux qui, du
Bengale à l'Oxus, n'acceptent pas la domination « moghole ». Il n'y résiste pas.
Des Indes, mosaïque de peuples que rien ne rassemblait, il fait l'Inde, pays presque
entièrement unifié ; fruit de ses conquêtes du Malwa, du Gujarat, du Cachemire, du Sind, du Baloutchistan et de ses campagnes au Deccan – la grande affaire de son règne et de ceux de ses
descendants – un pays de quelque cent à deux cents millions d'âmes, doté d'une industrie et d'un commerce florissants ; tout l'or du monde s'y accumule, les villes sont plus peuplées que Naples
et Paris, les hautes classes jouissent de moyens illimités et le peuple, sans être riche, ne souffre pas de la faim.
pouvoir, se révolte contre lui. On pouvait en attendre le pire, il donnera le meilleur. Il y a sous son règne (1605-1627) et celui de son successeur Chah Djahan (1628-1658) une
accumulation de richesses, un essor culturel sans précédent.
peut-être n'a-t-elle pas les hautes vertus de Nur Djahan. Qu'importe !
Elle sait inspirer au souverain un amour fou, qui le soutient jusqu'à sa mort et qui lui fait construire, pour recevoir ses cendres, le Tadj Mahal d'Agra (1632-1649). Ce monument, un des plus
beaux du monde, est inégalable par la science avec laquelle il a été construit, par ses diverses perspectives, toutes calculées avec soin à partir de chaque point d'observation, par la façon
parfaite dont il traduit le symbole de la montagne cosmique, avec la base carrée de la terre ici représentée par la terrasse, le dôme du ciel et les quatre piliers de l'univers. Son caractère
incomparable tient aussi à la beauté de ses lignes, au raffinement de son décor, à l'écrin que constitue son jardin, et jusqu'à cette mosquée et cette fausse mosquée rouges qui font repoussoir
vers son éclatante blancheur. Il est inégalable, c'est entendu, mais, même sans lui, l'architecture des Moghols témoignerait de leur goût, de leur art de bâtir, de
leur intense activité. Ce sont ces grandes mosquées qui se répondent de ville en ville
sans se répéter et forment une guirlande posée sur le nord du pays, Fatehpur Sikri, Delhi, Lahore, Agra, et, avec moins de qualité, Tatta ou Peschawar, toutes érigées sur de grandes terrasses
ceintes de galeries, avec portes monumentales, salles de prières moins vastes que la cour démesurée, ces hauts dômes bulbeux, ces minarets d'angle. Ce sont ces mausolées placés au milieu de
jardins, vrais palais pour les morts, qui présenteront encore quelques beautés en 1754 (tombe de Safdar Djang à Delhi). Ce sont ces jardins enchanteurs en plaine (Shalimar, à Lahore, 1637) ou en
montagne, à Srinagar au Cachemire, qui en conserve plusieurs inégalables. Ce sont ce que l'on nomme des forts, parce qu'ils en ont l'aspect extérieur, à Fatehpur, Agra, Delhi, Lahore, toujours
impressionnants, parfois immenses (celui de Delhi couvre soixante-quinze hectares), mais qui sont de somptueuses résidences avec leurs salles d'audience, leurs chapelles (mosquées de la Perle),
leurs pavillons et ces ruisseaux qui courent et sautent dans les jardins et dans les salles. Tout d'abord en grès rouge ou rose, cette architecture laisse, sous le règne de Djahangir, apparaître
des taches de marbre blanc. De ce matériau qui rend les constructions plus légères, qui permet plus de fantaisie (arcs polylobés, balustrades et claustra aux découpes savantes) et un décor plus
fin, Chah Djahan s'engoue au point de l'employer presque exclusivement. Peut-être l'empereur ne se trompe-t-il pas quand dans la salle d'audience de son palais à Chahdjahanabad, la septième
Delhi, son oeuvre, il fait inscrire : « S'il y a un paradis sur terre, il est ici ».
Fanatique, il ne s'intéresse qu'à la guerre sainte et, s'il a
continuellement à la bouche les mots de justice et de clémence, il ignore tout de ces vertus. Comme il est grand capitaine, il parvient à dominer presque toutes les Indes : ne lui échappe que
l'extrême sud du Deccan. Mais le succès est payé chèrement. Les finances publiques en souffrent, les terres sont laissées à l'abandon, la haine contre les Moghols enfle les coeurs de tous :
Hindous, Sikhs, Mahrattes ne se soumettent que pour reprendre les armes. Son long règne, jusqu'en 1707, sera fatal à la dynastie et aux Indes. Les victoires, la splendeur des villes, la rigueur
de son joug font illusion. Rien ne peut égaler les Grands Moghols !